Kathy Acker
Dennis Cooper
Samuel Delany
Mike Duff
Michael Gira
Laura Hird
Shozo Numa
Osvaldo Lamborghini
Sylvere Lotringer
René Schérer
Peter Sotos
David Wojnarowicz
 
Yapoo - Shozo Numa
Shozo Numa
cahier critique
Fiche technique
octobre 2005
448 pages- 24 €
ISBN : 2-268-05-566-4
Désordres
Laurence Viallet
FICHE AUTEUR

FICHE LIVRE
 
Cahier critique
POSTFACE
À L'ÉDITION DE 1970
SOMMAIRE
Autre titre
Shozo Numa - Yapou, betail humain, volume 2
Yapou, bétail humain, Vol 2
janvier 2007
Autre titre
Shozo Numa - Yapou, betail humain, volume 1
Yapou, bétail humain, Vol 3
novembre 2007
 
Extrait
 
Un monde sans toilettes
 

Le retour de la légende
de Yapou, bétail humain

« L’œuvre la plus originale de l’après-guerre »
n°2336 du Dokushojin

Yapou, bétail humain est pour la première fois publié par épisodes en 1956 dans la revue  Kitan Club3  fondée par quelques lecteurs passionnés qui y présentent leurs œuvres favorites. La revue Kitan Club s’apparente aux magazines en ligne sur Internet d’aujourd’hui, et Yapou est alors lu en cachette par quelques lecteurs extrémistes. Ensuite, vers la fin des années soixante, ce livre devient célèbre et son lectorat s’élargit après que la première partie a été publiée dans le numéro 4 de la revue « le sang et la rose » dirigée par Hiraoka Shômei. Mais c’est en 1970 qu’il est publié en entier aux éditions Toshi. C’est ainsi qu’est connue sa version originale. Il coûte 1000¥. Pour l’époque, c’est assez cher, mais il s’en vend tout de même 300000 exemplaires. En 1983, il s’en vend 200000 exemplaires lors d’une réédition en poche. En 1991, il est publié dans son intégralité aux éditions Million. En 1992, les éditions originales et complètes sont unifiées en trois tomes et publiées aux éditions Ôta. Avec toutes ces éditions, les ventes s’élèvent à plus d’un million d’exemplaires.

« [Depuis qu’il a été publié pour la première fois], c’est un livre un peu particulier, censuré, mais il a vraiment des fans, et il se vend régulièrement sans qu’on ait à faire sa promotion. C’est du bouche-à-oreille. Même après trente ans, ça n’a pas changé. » raconte M. Yoshio Kou, l’agent de Shozo Numa.

Même après trente ans, et plusieurs rééditions chez différents éditeurs, cette œuvre continue de retenir le lecteur. On peut à juste titre la qualifier « d’œuvre la plus originale de l’après-guerre ». Elle compte de nombreux admirateurs parmi des romanciers ou des critiques célèbres comme Yukio Mishima, Ryuhiko Shibusawa, Sekihiko Shumura, Takeo Okuno, Hiroshi Aramata, Takayuki Tatsumi, Genichirô Takahashi. Voici comment M. Kou décrit cette fascination : « beaucoup d’éléments sont rassemblés dans Yapou. Pour donner un exemple banal, il y a bien sûr la question du SM. Si l’on prend un problème plus important, il y a aussi la question du rapport entre les blancs et les asiatiques. Ça recouvre aussi la question du système impérial. Il y est également question de la génétique. Dans un certain sens, ce livre traite donc de thèmes très nouveaux. C’est pour cela que l’on peut en discuter à l’infini et qu’il attire toujours de nouveaux lecteurs. On peut dire que c’est une œuvre immortelle qui possède une puissance énorme. »

Récemment, le nombre de lectrices a beaucoup augmenté, « en particulier on reçoit beaucoup de questions de la part de jeunes filles », selon M. Kenichi Hasegawa, qui dirige les éditions Gentôsha. « On a le soutien d’auteurs féminins comme Mari Akasaka ou Muzuki Yuroi. Plus que par le côté intellectuel, c’est sans doute l’aspect charnel, sexuel qui attire. »

Les éditions Gentôsha ont enrichi chaque volume d’un appendice explicatif, ce qui permet d’apprécier la réception de l’œuvre depuis les années soixante-dix jusqu’aux années quatre-vingt-dix. Pour M. Hasegawa, « cela permet d’appréhender, à travers les différences entre les générations des années soixante-dix, quatre-vingt et quatre-vingt-dix, le chemin parcouru par l’œuvre ainsi que l’évolution de la conscience qu’en ont les lecteurs. »

Il a été souvent question d’adapter au cinéma Yapou, bétail humain. Au Japon bien sûr, mais Stanley Kubrick ou encore David Lynch avaient également émis le souhait d’en faire l’adaptation. On ne compte pas le nombre de projets de mise en scène. Simplement, comme aucune autorisation n’a été consentie, ça n’a jamais été monté. Cette fois, M. Kou, qui compte sur le talent de mise en scène de M. Ei Takatori4, a donné son autorisation. C’était l’été dernier, et bizarrement, c’était à l’occasion du treizième anniversaire de la mort de Ryûhiko Shibusawa.

À l’époque où il redouble à l’université, Takatori reçoit un choc à la lecture de cette œuvre : « Ça fait quatre ans que je pense à adapter ce livre. Je ne sais pas bien quel genre de personne en est l’auteur, Shozo Numa, mais il a sans doute reçu une éducation imprégnée d’une vision impérialiste de l’histoire, et ce qui très impressionnant, c’est justement l’idée de ce renversement, de faire voler en éclats cette vision impérialiste. Ce n’est pas un simple roman SM ou de science-fiction, mais je pense que c’est surtout une critique acharnée du Japon impérial. Et c’est sans doute ce qui est le plus dur à mettre en scène. »

Traduit du japonais par Samson Sylvain