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La Légende de Yapou, bétail humain
Yapou vu comme un roman de science-fiction Par Miyadai Shinji À l’époque du collège, dans les groupes d’amateurs de science-fiction, les débats sur l’opposition entre science-fiction et littérature pure faisaient rage et la question du sens à donner à l’intérêt porté à ce genre faisait l’objet de nombreuses discussions. La littérature était considérée comme ce qui décrivait les rapports humains grandeur nature et la communication comme ce qui est donné par la conscience de soi et une sorte de sensibilité au monde. À l’opposé, on pensait que, dans la science-fiction, qui ne décrit pas les rapports humains en tant que tels, il fallait insister sur les prémisses de l’éloignement qu’on ne peut réduire aux rapports réels qui les sous-tendent (comme le niveau technologique et les formes de la civilisation). C’est là qu’apparaît une grande variété de dispositifs scéniques de science-fiction. Dans les années soixante, période faste pour la nouvelle vague de la science-fiction, les membres de ces associations d’amateurs lisaient la revue NW-SF dirigée par Katsuichi Yamano, et participaient même à ses ateliers. […] Dans ce schéma comparatif, Yapou, bétail humain est, quoi qu’on en dise, un roman de science-fiction des années soixante. Quand j’étais au collège, j’ai réalisé à quel point ce roman était un roman d’avant-garde. Pourtant, autant je prenais beaucoup de plaisir à lire des romans de science-fiction des années soixante, autant je n’arrivais pas à prendre plaisir à la lecture de Yapou. La raison était liée à un problème fondamental. Dans le royaume d’EHS qui domine la galaxie au 40e siècle, les femmes blanches ont conquis le pouvoir. Les Japonais, appelés « Yapous », font fonction de chaise humaine, de cheval, de pur outil sexuel, et sont devenus de vrais esclaves. On en sanglote de joie. Mais dans Yapou, même si le niveau technologique et le degré de civilisation ont évolué, il n’y a pas de lien de cause à effet avec les changements de mode de relation, de conscience de soi ou de conception du monde. C’est l’inverse. Si nos modes de relation, notre conscience de soi, notre vision du monde viennent à être modifiés, c’est la technologie, la civilisation qui finissent par nous apparaître comme des choses stupéfiantes. EHS n’est pas une dystopie. Car le dressage par le fouet et les cordes, la foi dans le culte des blancs nous fait ressentir la félicité d’être pris pour un urinoir. « Au début, le fouet et la corde doivent être assez douloureux. Mais une fois qu’on s’y fait, ces deux choses-là doivent exprimer une certaine affection. C’est pour ça qu’on vient à accepter le dressage du fouet et de la corde. » (Gotansha, Tome 3, p. 36) C’est pour ça que EHS est précisément l’utopie ultime des Japonais. Cette description, écrite il y a plus de trente ans, à l’époque où commençaient les débats sur le sexisme, trouve toute sa pertinence dans la sociologie moderne. Car c’est précisément la conception moderne de l’égalité entre l’homme et la femme qui produit cette conscience d’être victime d’une discrimination. Si cette catégorie abstraite qu’est « l’homme » n’existait pas, il n’y aurait pas ce phénomène de discrimination. […] Si l’on exprime de manière moderne la recherche de « la substitution des prémisses » par laquelle la science-fiction nous libère de l’assujettissement intérieur et extérieur de l’« ici », Yapou opère un renversement en affirmant l’illusion que constitue la forme particulière du sentiment d’assujettissement intérieur et extérieur de l’« ici ». Cet anti-science-fiction m’exaspérait lorsque j’étais collégien. Yapou comme roman SM Yapou dévoile un imaginaire anti-réaliste dans lequel notre conscience du monde et notre
conscience de soi seraient radicalement modifiées, mais, tout en accomplissant sur le plan logique le lien entre les hypothèses et leurs conséquences, ce roman appelle sur le plan de la sensibilité du lecteur à une certaine forme de masochisme. Traduit du japonais par Samson Sylvain |
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