Kathy Acker
Dennis Cooper
Samuel Delany
Mike Duff
Michael Gira
Laura Hird
Shozo Numa
Osvaldo Lamborghini
Sylvere Lotringer
René Schérer
Peter Sotos
David Wojnarowicz
 
 
cahier critique
Fiche technique
Sang et stupre au lycée
janvier 2005
212 pages- 18,90 €
ISBN : 2-268-05-336-9
Désordres
Laurence Viallet

FICHE AUTEUR

BIBLIOGRAPHIE

 
Cahier critique
OUTRAGE
AUX BONNES MŒURS
SOMMAIRE
 
Extraits
 
Les scorpions
Partout sur terre

 

 

 

 
 
Kathy Acker
Par Vanessa Postec 

Punk et cynique, Kathy Acker nous livre un roman culte à la Burroughs..

« Les éléments stylistiques ne rehaussent pas le niveau du livre pour en faire un objet d'art. Le parler du caniveau, s'il est pittoresque, excitant, reste pourtant banal, trivial et ne peut véhiculer la moindre qualité artistique dans un roman [...] Tout cela permet d'affirmer clairement que le roman n'atteint pas un niveau digne de valeur pour une société pluraliste. » Ainsi en décida l'Office Fédéral Allemand de Contrôle des Médias pour la protection de la jeunesse, en 1986. Il venait de condamner Sang et stupre au lycée pour outrage aux bonnes mœurs.

Près de vingt ans plus tard, le grand succès de Kathy Acker, son Festin Nu, débarque enfin en France. Amis censeurs, fourbissez vos armes, Janey, son héroïne vous livre l'histoire de sa vie : « n'ayant jamais su ce qu'était une mère, la sienne était morte lorsqu'elle avait un an, Janey dépendait de son père en toutes choses et le considérait comme un petit ami, un frère, une sœur, des revenus, une distraction, et un père. » Les vrais ennuis commencent lorsque son géniteur-amant décide de plaquer Janey, alors âgée de dix ans, pour Sally, « une starlette [...] qui se refusait obstinément de baiser avec lui ». Le décor est planté.

La suite de l'intrigue est à l'avenant : crue, paillarde, cynique... et résolument délirante. Mais peu importe, finalement, que Janey - entre dix et treize ans - vende des cookies, attrape une MST, se fasse (par deux fois) avorter, qu'elle devienne prisonnière d'un maître persan (qui la forme au plus vieux métier du monde), avant de partir faire un Voyage au bout de la nuit et de rencontrer Jean Genet. Peu importe car ce «roman» est bien plus que cela : un chef d'œuvre inclassable.

Patchwork halluciné, Sang et stupre au lycée mêle descriptions, journal intime d'une adolescente, dialogues théâtraux, jeux typographiques, intermède bucolique, dessins trash, carte des rêves, récit d'une liaison fantasmée avec le Président Carter et cours de grammaire persane.

En parfaite pirate des lettres, Kathy Acker s'inspire du travail de Burroughs, de ses cut-up. Elle pille, détourne, pulvérise, récupère, transforme, et pastiche à tour de bras. Grandes œuvres ou figures littéraires, tout y passe : de Un Coup de dés jamais n'abolira le hasard de Mallarmé à La lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne. Sans oublier une traduction (très) libre du poète romain Properce : « Encore point trop décalquée I Vers son lit doucement je me tramai I Et une pipe lui fis. »

Lorsqu'elle écrit Sang et stupre au lycée, Kathy Acker a 30 ans et déjà pas mal d'expérience. Son père a quitté sa mère avant sa naissance et à dix-huit ans sa famille (d'origine juive allemande, new-yorkaise et bourgeoise) lui coupe les vivres. Acker étudie alors la littérature, devient l'assistante de Herbert Marcuse, fait du strip-tease à Times Square pour gagner sa vie, participe à la vie littéraire, et s'acoquine avec la scène punk.
Cette scène punk dont on retrouve l'influence dans la forme mais aussi dans le propos:
« CE N'EST PAS DE LA COLERE / ÇA N'A RIEN D'UNE EMOTION C'EST VIVRE DANS LA MARGE, AUTANT HAÏR TOUT LE MONDE. ON NE VEUT PAS DE VOTRE FRIC ON VEUT / (1) SE FAIRE SAUTER DE TEMPS EN TEMPS / (2) AVOIR UN PEU D'AMOUR DANS NOS VIES/ (3) AVOIR DES HÔPITAUX GRATUITS/ (4) AVOIR LE CHOIX PERMANENT D'AU MOINS UN REPAS NON EMPOISONNE PAR JOUR ET ON EST TOUS DEFONCES ET ON A DES DESIRS. ON A LES DESIRS DES AUTRES. »
Kathy Acker n'a pas eu droit aux hôpitaux gratuits. C'est en partie pour cela qu'elle est partie se faire soigner à Tijuana, où elle mourra des suites d'un cancer du sein en 1997. Cette année noire pour les adulateurs de la beat generation, qui vit aussi disparaître William Burroughs et Allen Ginsberg.
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Transfuge
janvier 2005

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