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Par Patrick Thévenin Petite fille de la beat generation et grand-mère des riot grrrls, la sulfureuse kathy acker est enfin éditée en france. auteur atypique et décadente, elle na eu de cesse de crier sa liberté, éternellement à contre-courant. Kathy Acker est morte d’un cancer en 1997, à 53 ans, dans une clinique new age de Tijuana, où elle s’était réfugiée parce qu’elle craignait la médecine occidentale et ses dogmes. Les médias furent brefs, le très réputé The Guardian écrivit seulement : « Acker, l’écrivain scandaleux, est décédée.» Sans préciser qu’elle laissait derrière elle quelque vingt-cinq années passées à se battre avec l’écriture, ainsi qu’une quinzaine de romans underground qui ne parlaient que de sang, de sexe et de folie. Des livres qui ont semé le trouble autour d’eux et que des auteurs américains comme Dennis Cooper encense. Cette injustice est aujourd’hui réparée puisque la collection «Désordres» de Laurence Viallet - qui nous fit découvrir avec bonheur David Wojnarowicz l’année dernière (lire Têtu n°87) - publie enfin en France l’un de ses livres les plus célèbres et symboliques. Sang et stupre au lycée fut interdit en 1986 en Allemagne par l’Office de contrôle des bonnes mœurs, notamment parce qu’il abordait le thème de l’inceste de manière très crue. Ce qui a tellement choqué dans l’œuvre d’Acker, c’est qu’elle était une femme fondamentalement libre. Ce qui ne pardonne pas, et son parcours en est la preuve. Née dans une richissime famille juive, elle n’a jamais connu son père, et sa mère lui coupe les vivres à 18 ans. Elle travaille alors comme strip-teaseuse et se met à écrire des textes rageurs emportés par une écriture qui s’autorise tout. Fortement inspirée par la Beat Generation, et surtout par les techniques de cut up de William Burroughs, Acker n’en fait qu’à sa tête. Elle dessine - essentiellement des sexes de femmes, qu’elle jette au hasard des pages. Elle «emprunte», plagie allègrement les auteurs européens politiquement incorrects, que ce soit Violette Leduc, Pier Paolo Pasolini ou Sade. Elle raconte son histoire d’amour incestueux avec son père, change en cours de narration le genre sexuel de ses personnages, s’invente une biographie aux côtés de Jean Genet et déclare, dans My Death My Life by Pier Paolo Pasolini : « Je vous dis de brûler les écoles sur-le-champ. Ils vous apprennent à bien écrire. C’est une façon de vous empêcher d’écrire ce que vous voulez. » La liberté d’Acker est d’avoir eu le courage de gueuler haut et fort : « Je baise, et je vous emmerde ». Acker était une artiste en rupture de tout. De la littérature classique, qu’elle remettait en cause avec véhémence; de la bourgeoisie, dont elle se méfiait; du féminisme traditionnel, qu’elle évitait scrupuleusement; des machos, qu’elle détestait... Elle fut d’une certaine manière la petite fille de la Beat Generation, une Burroughs punk et nymphomane, mais aussi la grand-mère du mouvement postféministe fortement teinté de « lesbianitude », les Riot Grrris. Une influence que confirme Kathleen Hanna, du groupe lesbien Le Tigre: « II y a longtemps, j’ai participé à un atelier d’écriture animé par Kathy Acker, et je me souviens qu’elle m’a dit: "Si tu veux être entendue, pourquoi ne fais-tu pas du spoken word ? Tu devrais monter un groupe. " Alors, j’ai fondé un groupe. Bikini Kill, qui a fini par devenir une formation très importante. Puis j’ai créé les Riot Grrrls. » Rien d’étonnant de la part d’Acker, qui dans une interview avait encensé les Spice Girls, affirmant qu’elles étaient révolutionnaires parce qu’«e//es [faisaient] ce qu’elles [avaient] envie de faire sans se soucier d’aucune règle».
Têtu . |
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