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C'était le meilleur des temps, c'était le pire des temps.Mes pieds, ouais. Qu'est-ce qu'il en savait, Dickens ? Par contre, tout le monde savait qu'au bout du compte c'était Magwitch, le vieux de Estella. Enfin bref on s'en fout, moi je vais vous parler de faussaires, de voleurs et de receleurs, et de la Journée du drôle de nez rouge à Bolton. Sacrés receleurs, ils ont la vie plus facile que les curés. Moi, je faisais ce boulot merdique pour la Ville. Je devais m'occuper d'envoyer les véhicules municipaux au garage, pour les révisions, réparations, contrôles techniques et que sais-je encore. Un petit job sympa ; le chauffeur me passait les clefs, je lui faisais signer un bon. Ensuite, j'étais censé faire l'état des lieux de la bagnole et donner les clefs à un supérieur. Mes couilles, oui. Là, je me rends compte qu'il manque quelqu'un dans l'histoire, un chaînon manquant, et je vous présente le Canard. On l'a appelé comme ça parce que son nom, c'est Donald. Bon, que je vous dise une bonne chose, à propos des mécanos - la seule chose qui soit inférieure à leur Q.I., c'est leur taux de spermatozoïdes. Écoutez ça : à l'époque, je gérais un tournoi de foot, cinq contre cinq. On jouait une fois par semaine. La location du terrain revenait à douze livres ; on jouait à douze, soit une livre chacun, le truc d'une simplicité mortelle. Et puis ouais, j'organisais un loto tous les jeudis soir, dix livres au vainqueur, et dix pour le terrain de foot. Tu parles - pendant deux ans, ça m'a fait une bouteille de vodka tous les jeudis soir. Et puis un jour, ce connard de manœuvre, et non pas un mécano, vous noterez bien, me fait : - Pourquoi tu fais un loto ? On a déjà payé. Résultat des courses : fin des petits bénefs. Le mécano était surnommé Anses de cruche : il suffisait de voir ses oreilles. Il nous bassinait sans arrêt avec des histoires de parties à trois au lit, avec sa bonne femme. Il finissait par me courir, avec sa grande trappe, jusqu'au jour où sa femme s'est tirée avec un mec. Alors là, j'ai attendu que la cantine soit pleine, et je l'interpelle : - Hé, Anses de cruche, ces fameuses parties à trois au plumard, c'était avec toi, ta femme et le mec qui la baise maintenant ? Ha ha, va répondre à ça ! Bon, je m'égare un peu, là ; j'ai commencé avec les histoires de chèques falsifiés, alors que je n'en ai même pas fini avec le Canard. Donc, je prends les clefs et je les file au Canard, qui récupère tout ce qu'il y a à récupérer dans les camionnettes... cuivre, serrures, matériaux, outils, n'importe quoi. Il me rend les clefs, je fais l'état des lieux du véhicule avec un contremaître, j'établis la liste de ce qu'il contient. Comme ça, tout nickel, on n'y revient plus. Une fois par semaine, on se réunit et on fourgue les matériaux et les outils à Crotte de chien. Bon périt bénef. Jusqu'au jour où la Ville lance une enquête ultra secrète dont tout le monde est averti, jusqu'aux agents d'entretien. Ça a été du sérieux - au peigne fin. Ils s ont débarqué au milieu de la nuit ; ils ont vérifié tous les vestiaires, interrogé tous les employés concernés. Et ils ont viré ce pauvre gros après avoir découvert un bout de gouttière dans sa camionnette - bande de branleurs. Quoi qu'il en soit, c'est là que commence mon histoire ; à l'époque, j'avais une femme et trois gosses, donc tout bénef, officiel ou non, était le bienvenu. Une bonne bande se compose de cinq membres - deux tireurs, deux faussaires et un receleur. Un tireur un peu intelligent ne travaille pas en ville. On tape toujours sur Manchester. Les cockneys s'imaginent être les seuls vrais durs, mais moi je dis que les gars qui ont vraiment la moelle, on les trouve à Manchester, et aussi parmi les pauvres demeurés de Liverpool. Tenez, écoutez, vous allez voir comme ils sont finauds, ces connards de cockneys. Une année, on était descendus à Wembley, et on se retrouve dans un bar à attendre au comptoir, à quatre. Je commande huit blondes ; la serveuse, une cockney, les tire, et je les fais passer par-dessus mon épaule au fur et à mesure. Elle me tend la huitième, m'annonce une somme grotesque, genre apport personnel pour une baraque à Collyhurst, sur quoi j'ajoute : -Et aussi huit petits pâtés à la viande, vous serez mignonne ! Le temps qu'elle se détourne vers le micro-ondes pour réchauffer cette merde, on a disparu dans un océan de visages. Ça, c'est les cockneys, typique. Essaie ce truc-là au Old Trafford et un psychopathe dyslexique échappé de l'asile de Rampton, avec MCFU imprimé sur les phalanges, viendra se venger sur toi de sa lobotomie. Ma devise a toujours été : «Quand tu es à Londres, fais ton George Formby et dépouille-les à mort, ces connards.» Enfin bref, je crois que c'est clair.
La Racaille de Rochdale Road, pp. 9-12 . |
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