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Des chats et des femmes De son poste d'observation habituel, au coin, elle vit que tout était éteint à l'étage. Descendant silencieusement de voiture, elle traversa la rue, risqua un coup d'ceil dans le jardin. Malgré la lumière du réverbère, elle ne voyait aucune trace du chat. Elle essaya de miauler, une ou deux fois, mais le couinement ridicule qu'elle émit ne suffirait pas à l'attirer. Elle retourna à la voiture, se remit à observer la maison. Est-ce qu'ils étaient en train de le faire, en cet instant ? Quelle petite spécialité avait-elle, au lit, pour le garder accroché comme ça ? La vision du couple gémissant de plaisir dans des positions sophistiquées ne faisait qu'accroître sa mélancolie et sa rage. Elle observa ce rituel durant les deux nuits suivantes, sans résultat. La quatrième nuit, elle ne vit pas sa voiture garée devant la maison. Le chat la regarda avec indifférence tandis qu'elle ouvrait le portillon. Elle s'en approcha avec précaution, se mit à caresser lentement la fourrure tiède. L'animal réagit, ronronnant et se frottant contre elle pour qu'elle continue. Brusquement, elle l'arracha du muret et le fourra dans un sac de voyage, tira la fermeture Eclair et retourna en courant vers la voiture, la bestiole crachant et se débattant entre les parois de nylon. Elle rentra chez elle à toute vitesse, l'adrénaline giclant dans ses veines, au son de l'autoradio branché sur une station de musique classique. Verdi, réglé suffisamment fort, parvenait très bien à noyer les plaintes de l'animal, et elle se sentit plus maîtresse d'elle-même qu'elle ne l'avait été depuis des mois. Le chat passa la nuit dans le sac de voyage, pour éviter qu'il ne mette la maison à feu et à sang en courant partout. Au matin, nul mouvement n'était perceptible à l'intérieur du sac. Elle donna un coup de pied dedans, et sentit le chat qui se tortillait. Combien de temps s'écoulerait avant qu'il ne s'aperçoive que son cher minou avait disparu ? Elle fit glisser la fermeture Eclair, s'attendant à ce qu'il lui bondisse au visage, mais il ne bougea pas, clignant des yeux à la lumière, l'air parfaitement commotionné. Une forte odeur d'ammoniaque en émanait, et il avait tout le bas du corps trempé d'urine. Elle lui donna une dure pichenette sur le nez, pour bien lui marquer son dégoût. Dans la salle de bains, elle fit couler la douche chaude. Elle ne tenait pas à ce que l'animal se promène sur les meubles souillé de ses propres matières, mais se souvenait qu'il n'appréciait pas trop l'eau. Vers la fin de leur mariage, elle le lui avait jeté dans le bain, au cours d'une dispute. C'avait été un carnage, mais ça en valait la peine. S'il voyait déjà sa pute à cette époque, il avait dû cesser les rendez-vous pendant deux bonnes semaines, après ce coup-là - aucun doute. Elle prit un foulard dans la coiffeuse de sa chambre et en noua une extrémité au tuyau de douche. Puis elle retourna au salon, et trouva le sac vide. Elle jeta un coup d'œil autour d'elle, entreprit de regarder derrière les meubles. Ses mains commençaient de trembler de colère, son souffle s'accélérait. Les coussins, arrachés du divan, volèrent au travers de la pièce. " Allons, allons... minou minou... viens voir maman. C'est l'heure de manger, petite crapule. " Elle s'accroupit et plissa les yeux, scrutant toute l'étendue de la moquette. Elle avait fermé la porte, il devait forcément être quelque part. Elle l'aperçut enfin, roulé en boule sous le secrétaire, la regardant, les yeux clignotant. Elle sourit et, la respiration bruyante, ne parvenant plus à contrôler son souffle, ôta sa chaussure droite et se mit à ramper vers lui. Il se tenait recroquevillé contre le mur, mais en s'allongeant complètement sur le sol, elle parviendrait à l'atteindre à toute volée. Un talon aiguille aurait été idéal, mais elle n'était pas le genre de femme à se bousiller les pieds pour le plaisir des hommes, et il faudrait se satisfaire d'un escarpin Richelieu. Le bras tendu, elle se mit à harceler de coups droits, comme des coups d'épée, le chat qui reculait de plus en plus loin. Au bout de quelques minutes, elle ne savait même plus pourquoi elle continuait de le tourmenter, mais seulement qu'elle n'avait aucune envie d'arrêter tant c'était délicieux. En outre, l'idée qu'une estocade parfaitement ciblée pouvait le tuer l'excitait tant qu'à chaque coup porté, elle sentait une crispation entre ses cuisses. L'animal, ne pouvant reculer davantage, commença de se rebiffer. Comme il griffait le bras et la main à sa portée, elle trouva légi time de durcir la correction. Soudain, il y eut une sorte de sifflement feutré, long et régulier. Elle retira son bras de sous le secrétaire, jeta un coup d'œil. Le chat la regardait avec des yeux terrifiés, en pissant sur la moquette. Avec une curieuse sensation de satisfaction, elle se redressa, emporta le sac de voyage dans la salle de bains et vida son contenu organique dans les toilettes. Il n'y avait nulle part de bac à chat, et il n'était pas question de le laisser libre, donc elle le garderait enfermé là jusqu'à ce qu'elle obtienne le renseignement qu'elle souhaitait. Extrait de la nouvelle : "Des chats et des femmes" . |
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