Kathy Acker
Dennis Cooper
Samuel Delany
Mike Duff
Michael Gira
Laura Hird
Shozo Numa
Osvaldo Lamborghini
Sylvere Lotringer
René Schérer
Peter Sotos
David Wojnarowicz
 
Osvaldo Lamborghini - Le Fjord
 
Osvaldo Lamborghini
cahier critique
Fiche technique
mars 2005
128 pages - 14.90 €
ISBN : 2-26805-375-X
Désordres
Laurence Viallet
FICHE AUTEUR

FICHE LIVRE

BIBLIOGRAPHIE

Cahier critique
PRÉFACE À
NOVELAS Y CUENTOS
César Aira
SOMMAIRE
Extrait
 
L'enfant prolétaire
 
 
Le Fjord
Transfuge, mai 2005, Vanessa Postec

ÉControversée en Argentine, l'œuvre poético-trash d'Osvaldo Lamborghini est méconnue en Europe. Écartelée entre une quasi-perfection stylistique et la violence de son propos, elle déroute et séduit. Âmes sensibles…

Il existe parfois, en littérature comme ailleurs, de ces mystères qu'il serait vain de tenter d'élucider. Osvaldo Lamborghini en est un parfait exemple.

À commencer par l'énigme de son existence, dont on ignore presque tout, à l'exception de son année de naissance - 1940, à Buenos Aires - et de la date de sa mort - 1985, Barcelone. Entre les deux ? Quelques rares certitudes : son penchant pour l'alcool et la cocaïne, son admiration pour Artaud et pour Céline.

Son œuvre, ensuite, injustement (et parfaitement) méconnue en France : décriée par les uns et saluée par les autres en Argentine, elle fut pour sa majeure partie publiée à titre posthume par l'écrivain et éditeur César Aira, et dut attendre vingt ans avant d'être traduite en français.

Un autre mystère? L’irrésistible attraction (faite de fascination, de répulsion et d'admiration) provoquée par Le Fjord, texte pourtant éminemment politique, à l'évidence abscons pour le lecteur européen. Il y est question des soubresauts de l'histoire, donc. Celle du péronisme et du vandorisme, de la montée en puissance de divers groupuscules ou mouvements syndicaux. Il y est aussi question de drame œdipien, de sexe cru, d'orgie sacrificielle, d'inceste, de tortures et de parricide.

Mais Le Fjord est avant tout un texte littéraire à écouter plus qu'à lire, tant sa mélodie est obsédante. Un grand texte, oscillant entre descriptions surréalistes, fulgurances poétiques et absolu cynisme : « Comme nous ne lui donnions jamais à manger, le cher Sebas ressemblait à un malade atteint d'anémie pernicieuse, à une géographie de la faim, à un Juif des camps de concentration - si tant est que les camps de concentration aient un jour existé -, à un enfant misérable et ventru de Tucuman, famélique mais pansu. »

Plus déroutant encore, Sebregondi recule, d'une violence inouïe, mêle des fragments presque illisibles à force d'être obscurs et de courts textes limpides, construits de manière classique. Ainsi, l’Enfant prolétaire dont l'adaptation par Matthias Langhoff au théâtre des Amandiers de Nanterre en 2004 fit couler beaucoup d'encre.

L’intrigue y est aussi simple qu'insoutenable et détaillée : le viol et le meurtre d'un enfant pauvre et handicapé par trois de ses camarades d'école, issus de la meilleure société argentine, le tout rédigé à la première personne.

L’Enfant prolétaire ne serait qu'un conte barbare et gratuit s'il n'était sauvé par l'intelligence et l'humour à froid d'OsvaIdo Lamborghini. Un humour que le Swift anthropophage de Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public n'aurait certainement pas désavoué : « Dès qu'il fait ses premiers pas dans la vie, l'enfant prolétaire souffre des conséquences de son appartenance à la classe des exploités. Il naît dans une pièce qui tombe en ruine, généralement avec une immense hérédité alcoolique dans le sang. Tandis que la femme auteur de ses jours le jette au monde, assistée d'une guérisseuse vieille et vicieuse, le père, co-auteur, entre deux vomissures qui étouffent les gémissements licites de la parturiente, se soûle avec un vin plus dense que la crasse de sa misère. »

Mais le plus grand mystère est certainement celui-ci, sobrement résumé par César Aira, l'éditeur argentin d'OsvaIdo Lamborghini, dans la préface de la première édition de Novelas y cuentos : « Comment peut-on écrire aussi bien ? »

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