Kathy Acker
Dennis Cooper
Samuel Delany
Mike Duff
Michael Gira
Laura Hird
Shozo Numa
Osvaldo Lamborghini
Sylvere Lotringer
René Schérer
Peter Sotos
David Wojnarowicz
David Wojnarowicz - Chroniques des quais
 
David Wojnarowicz
extrait
Fiche technique
août 2005
208 pages- 18.90 €
ISBN : 226805537-X
Désordres
Laurence Viallet
FICHE LIVRE

FICHE AUTEUR

BIBLIOGRAPHIE
Extrait
Homme à Portland

Autre titre
Au bord du gouffre

Au bord du gouffre

Février 2004
 
Galerie Wojnarowicz
Wojnarowicz galerie
 
Cahier critique
DAVID WOJNAROWICZ
Félix Guattari
SOMMAIRE
 
Homme à Portland dans une salle de ciné
OREGON

Quand j’étais petit je venais dans ce ciné à la première occasion… je me faufilais discrètement dans la ruelle… je tapotais tout doucement à la porte jusqu’à ce qu’un spectateur vienne m’ouvrir. Je voyais parfois le même film une quinzaine de fois… ce qui était rigolo, c’était de traîner sur le balcon avec du pop-corn et une glace et de regarder ce qui se passait sur les sièges autour de moi. Une fois, j’étais resté à la deuxième séance, j’avais presque treize ans et j’avais déjà couché avec quelques gars mais jamais avec une fille… ça faisait longtemps que j’en avais envie mais j’ai jamais été doué pour la drague, contrairement à mes potes… donc cette nuit-là j’étais tranquillement assis à regarder un film d’horreur genre Dracula avec des acteurs anglais quand j’ai entendu du bruit dans l’allée. Il faisait vraiment noir là-dedans mais j’ai vu qu’une femme arrivait. Elle était costaude mais pas grosse, elle devait faire dans les un mètre quatre-vingts, assez charpentée avec de grosses jambes et une énorme poitrine et elle portait un pantalon sexy rose shocking… quelle vision… toutes les têtes se sont tournées vers elle sur le balcon. Elle avait des lèvres écarlates très maquillées et un petit sac noir. Je l’ai regardée entrer dans la rangée où je me trouvais et j’ai failli tourner de l’œil quand elle s’est assise à un siège de moi… il n’y avait pas trop de monde sur le balcon ce soir-là donc elle aurait pu choisir une autre place pour être tranquille et je ne savais qu’en penser… J’avais la tête en vrac… tous ces putains de fantasmes… je me suis retourné vers l’écran et j’ai laissé tomber mon pop-corn par terre parce que ça faisait bébé de bouffer du pop-corn. J’avais peur qu’elle s’en aperçoive et que ça la défrise… je n’avais aucune idée de ce qu’elle avait en tête mais je nourrissais les espoirs les plus fous. Je l’ai lorgnée du coin de l’œil pendant des plombes puis j’ai fini par faire glisser ma main vers le siège entre nous… je l’y ai laissée et au bout de quelques secondes elle a descendu la sienne et l’a lentement placée sur la mienne… mon cœur battait la chamade ! J’étais rouge comme une pivoine et je me félicitais d’être dans le noir parce qu’elle ne pouvait pas s’en apercevoir. On s’est tripoté les mains et au bout de quelques minutes elle s’est levée et elle est remontée vers l’allée principale, où elle a disparu. J’ai eu envie de la suivre mais j’étais trop gêné à cause des gens qui regardaient sur les sièges alentour…. mes jambes étaient en coton… J’ai encore maté le film pendant quelques minutes et puis la femme est réapparue en bas de l’escalier… elle tenait un coca et elle s’est faufilée vers mon allée pour venir s’asseoir juste à côté de moi…  au bout de quelques instants elle a retrouvé ma main et l’a placée sur ses seins. Je me suis mis à bander comme un âne, je lui ai peloté les nichons un moment. Puis j’ai glissé les mains sous son corsage et je lui ai caressé les tétons… après quinze minutes je me suis penché vers elle pour lui demander si elle voulait qu’on y aille... Je vivais chez mes parents et c’était pas possible de l’emmener là-bas… elle a dit que son amant vivait avec elle mais que si j’en avais envie on pouvait baiser en bas de l’escalier du cinéma, c’était un escalier que personne n’empruntait. J’étais aux anges et j’ai dit oui et on s’est levés pour prendre l’escalier menant à l’allée centrale. Je sentais les regards des mecs sur le balcon mais j’étais trop excité pour m’en soucier. Je veux dire ça comptait tellement pour moi de savoir que d’ici quelques minutes je ne serais plus puceau donc on a pris l’escalier de derrière qui était plutôt mal éclairé et elle m’a sorti la bite du pantalon puis elle s’est penchée contre le mur elle a enlevé son froc elle plaquait le ventre contre le mur ce qui m’a semblé bizarre mais je me suis dit qu’elle voulait que je la prenne par derrière… elle a attrapé ma pine et l’a dirigée vers son cul… je n’avais pas envie de l’enculer alors je me suis dégagé et j’ai essayé de la glisser par-dessous mais elle s’est dégagée… pendant ce temps je m’agrippais à ses seins puis j’ai balancé les mains vers sa motte pour qu’elle comprenne que c’était ça que je voulais… quand mes mains se sont rapprochées de son entrejambe elle a bondi et s’est éloignée de moi… puis elle a repris sa place et elle m’a attrapé la bite pour la diriger vers son cul après avoir plaqué mes deux mains sur ses seins cette fois… je sais pas quoi mais quelque chose m’a mis la puce à l’oreille… comme elle refusait que j’approche les mains de son entrejambe je me suis remis à lui tripoter les seins tout en me reculant lentement pour la forcer à se détacher du mur avant d’orienter ma queue vers son cul. Quand ça a été le cas et qu’elle a été assez loin du mur pour que je me fraye un chemin j’ai glissé les mains entre ses jambes et bingo il y avait effectivement une bite et deux couilles. Le type s’est retourné d’un air terrorisé… sa bouche s’est ouverte en grand on aurait dit qu’il craignait que je lui casse la gueule… j’étais dégoûté… c’était comme si une espèce de fantasme qui s’était doucement mis à devenir réalité explosait soudainement. J’ai seulement réussi à dire : Oh merde ! et je l’ai repoussé. J’ai remis mon pantalon et j’ai dévalé l’escalier pour me précipiter dans la rue… j’avais envie de pleurer mais j’ai couru jusqu’à chez moi…

Cet extrait est paru en avant-première dans
La Nouvelle Revue Française n°574 de juin 2005