Au fait
par Laurent Goumarre
En 1999, paraissait en France lndex de l'écrivain américain Peter Sotos, ouvrage de l'abjection, qui nous laissait interdit devant la violence de textes extraits des jaquettes de vidéos gonzo pornographiques, accouplés aux délires sexuels délivrés par une langue hardcore. Au fait tourne autour des mêmes figures de « pédales » surinfectées, de « putes négresses » sous crack, auxquelles s'ajoutent cette fois des scénarios pédophiles qui s'appuient sur de vrais faits divers dont se gavent les talks shows américains compa/sensationnels. «Je n'écris que ce qui m'excite », me confiait Peter Sotos – grand lecteur de Guyotat – qui n'envisage la violence sexuelle ni comme un thème ni comme un sujet à traiter, mais comme une obsession dont il doit trouver la forme la plus vivable et excitante qui soit : le montage de textes et de voix est cette forme déjà pratiquée dans Index, radicalisée ici par un dispositif complexe de listage et numérotation des paragraphes. Si numéroter nourrit la jouissance, c'est surtout le moyen pour l'auteur de garantir un ordre à son texte surchauffé. Mais ce dernier, traversé par les vices les plus transgressifs, échappe à cette logique de comptable, qu'il ruine jusqu'à rendre impossible toute identification dans les dernières pages : témoignages de parents, questions de psychothérapeutes, de flics, rapports d'autopsie, confessions de porno-stars, prise de position et de parole personnelles se confondent. Qu'on ne se méprenne pas !il ne s'agit pas pour Peter Sotos de se défiler en mettant en scène une parole anonyme qui se voudrait universelle, au contraire ! Il se met en première ligne, il se met en joue personnellement ; citant contre la loi les vrais noms des jeunes victimes, il dépose pour la première fois son nom page 156, soit à l'exact milieu de son livre criminel. Il vient de signer, il va persister.
Art Press,
juillet-août 2005