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Shozo Numa
Shozo Numa
cahier critique
Titres parus
Yapoo, Bétail humain - Shozo Numa

Yapoo, bétail humain, vol. 1
Octobre 2005
Yapoo, Bétail humain - Shozo Numa

Yapoo, bétail humain, vol. 2
janvier 2007
FICHE AUTEUR
Cahier critique
POSTFACE
À L'ÉDITION DE 1970
SOMMAIRE
 
 
Sur Shozo Numa
Réflexions sadiques sur le masochisme
Par Tanaka Miyoko
(page 3 sur 3)

3.

Yapou, bétail humain est un roman underground qui est apparu entouré de divers scandales. Cependant les sadiques japonais feraient une drôle de tête si on leur disait que c’est l’histoire de la résurrection des Japonais. « Les concepts de liberté et d’indépendance qui sous-tendent les mouvements nationalistes de pays colonisés, les idées à la gloire du genre humain, ont été enseignés à la civilisation orientale par des blancs qui n’ont finalement jamais vécu au sein de populations de couleur. » (Le Complexe envers les occidentaux). En disant cela, Shozo Numa considère que le fait de brandir comme des talismans les concepts empruntés de « liberté », de « masochisme » ou encore de « démocratie » est la preuve que les Japonais ont déjà capitulé face à la culture des blancs et qu’ils se rendent esclaves de leur pensée. Il serait bon de réfléchir à ce qu’a produit, dans la pensée, l’identification des Japonais aux Blancs.

Voici ce que dit Tetsuo Amano à propos de la formation de ce complexe : « On peut penser que, plus que la nature propre des Japonais, c’est un des effets secondaires de ce qu’a produit le système politique de Meiji et ses idées sur l’éducation patriotique. L’idéologie de la lignée impériale, de son règne millénaire, de sa nature incomparable dans le monde, de la gloire rendue à la descendance divine du peuple japonais, du Japon comme dirigeant de la Grande Asie, a constitué une sorte de dressage au cours duquel la nation japonaise toute entière a été contrainte d’accepter, de répéter et d’intérioriser ces idées jusque dans la vie quotidienne pour être domptée en conséquence. Ce que cela a finalement produit, ce n’est pas une forme de confiance en soi, de fierté ou de conscience nationale, mais au contraire un complexe d’infériorité, qui n’a cessé de s’approfondir dans le cœur de cette nation. (Ce que produit le complexe de race).

Si ce type de complexe chez les Japonais a vraiment quelque chose à voir avec le sadisme de la civilisation occidentale, Shozo Numa, en tirant profit de la faiblesse de la culture japonaise, c’est-à-dire en en faisant l’antithèse de la force de la culture occidentale, tente une rééducation par un traitement de choc pour guérir les Japonais de ce complexe latent. La force des Japonais, traditionnellement, est d’assimiler les cultures étrangères pour ensuite pouvoir les dépasser. Les Yapous, ces Japonais inférieurs et dominés qui, à travers leur passivité envers la sévérité du sexe féminin, à travers leur sensibilité et leur insensibilité imperturbables, qui assimilent tout, constituent le portrait de nous-mêmes comme forme accomplie de la fusion avec l’hégémonie de la civilisation occidentale sur le monde. C’est là que doit être dissimulée une intention profonde pour définir comment retrouver le moi perdu de la culture japonaise.

Pour l’auteur d’abord, le héros de cette aventure fantasmagorique, Sebe Rinichiro, jeune homme du XXème siècle qui se retrouve plongé dans cet empire des femmes blanches du XLème siècle, doit briller du lyrisme élégiaque des garçons japonais dont le front est ceint d’un bandeau marqué du soleil rouge. Ne peut-on alors pas voir en ce jeune homme dressé comme un animal par cet état féministe, la douleur de l’image héroïque du Japon humilié et outragé ? Ne peut-on pas voir dans l’expérience masochiste de Sebe Rinichiro l’image exacte de l’évanouissement de l’esprit japonais qui a suivi la défaite, et de la farce de l’auto-justification sans limites qui lui a immédiatement succédé ? S’agenouillant devant les femmes blanches, recevant leur baptême d’urine, ce qu’il fait revivre par cet hymne masochiste, c’est précisément le rituel de la rédemption de tous les hommes japonais dont il est le représentant.

Ce n’est déjà plus l’image d’avenir des Japonais, mais la réalité latente de notre conscience. Ne peut-on pas dire que le bétail humain constitue la fermeture du Moi et la perte de notre subjectivité ? Pour s’assurer de la réalité du roman, il nous suffit d’ouvrir les yeux et de regarder en face l’état actuel du masochisme tel qu’il est répandu dans la société.

C’est la forme de notre désir d’être dominé par un autre peuple, l’enfer de cette rédemption. Il ne faut pas oublier que les Japonais, qui ne supportent pas de voir leur propre image dans les Yapous, ont de quoi, si l’occasion se présente, se lancer dans la conquête et l’oppression des Chinois, des Russes ou des Noirs.

Pourquoi les Japonais, engoncés dans leur pacifisme de pacotille, qui ne survivent qu’en s’accrochant à l’humanisme de ceux qui les ont vaincus, ne sont-ils pas devenus des esclaves ?

D’ailleurs, la manière dont cet « humanisme », terme importé, a trouvé grâce auprès des Japonais et s’est retrouvé sur toutes les lèvres, montre bien le phénomène de mode qu’il a représenté après-guerre. Ils considèrent comme un droit naturel de tout mettre à égalité, de promouvoir les chats, les cuillers, au même rang que l’homme. Ce monde lève l’interdit sur l’homme. Avec une population de plus de cent millions de personnes, c’est la chute des classes survivantes et un débordement de la culture de masse.

C’est justement maintenant que nous devons nous libérer de notre instinct de soumission. D’autant plus que ce que nous sommes capables de vénérer, ce n’est pas un dieu fictif qui ne se montrerait jamais, mais bien un dieu vivant dont nous adorons le visage. À la place du dieu incarné que nous avons disqualifié en le descendant de son piédestal, pourquoi les Japonais ne pourraient-ils pas adorer les magnifiques dieux des blancs ? Comme cette déesse blanche qui étincelle de toute sa gloire divine en polémiquant, en chiant, en parcourant fièrement le ciel à cheval… Les dieux de la mythologie japonaise, qui faisaient la fierté du peuple, ne sont rien d’autre qu’une partie de la grande famille de l’empire galactique des blancs, et il n’y a pas de problème pour que les classes nobles japonaises qui ont été humiliées adoptent la culture des blancs.

À propos du fait que dans l’avenir les Japonais soient transformés en bétail, voici ce que dit Rinichiro : « Au fond de cet amour-propre national qui voit ça comme une oppression injuste, il y a un attachement aux dieux de cette belle tradition qui a fait naître l’idée d’une lignée impériale millénaire. » Mais même son nationalisme, et tous les fondements de son orgueil ont été éradiqués.

Shozo Numa, à travers son expérience de la captivité, continue de décrire son « sentiment d’humiliation par rapport au fait que son amour-propre ait été broyé jusque dans sa chair. ». « L’idée d’une femme cruelle qui provoque en moi une lutte entre ma soif physique de ce que j’ai pu expérimenter lors de ma captivité et ma fierté intellectuelle m’a poussé dans une urolagnie incurable. » (À la recherche d’une déesse) L’expérience de l’humiliation l’a formé et l’a fait avancer sur la voie de la sainteté masochiste. Sebe Rinichiro, ancien fiancé d’une femme blanche, est enlevé sur EHS et se trouve réhabilité comme masochiste après s’être fait asperger d’urine par des femmes blanches.

Shozo Numa, à propos de sa pathologie masochiste : « Dans mon cas, ce n’est pas une régression vers l’enfance, mais c’est clairement lié à mon expérience de captivité. » (Celui qui voulait être un chien). On peut donc dire que pour lui ce masochisme est clairement, non pas quelque chose de « physiologique » ou de « constitutif », mais quelque chose de planifié, de volontaire, qui est soutenu par une décision spirituelle.

Traduit du japonais par Samson Sylvain

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