Sur Shozo Numa
Réflexions sadiques sur le masochisme
Par Tanaka Miyoko
(page 2 sur 3)
2.
Selon Tetsuo Amano: « Le masochisme est considéré comme l’une des sexualités les plus déviantes. Mais
l’essence profonde de l’homme n’est-elle pas la déviance ? » (La Vision du monde du pervers).
Selon cette vision d’une humanité malade, la « santé » n’est qu’une autre perversion. Pour le
masochiste, la civilisation actuelle n’est rien d’autre qu’une histoire de la déviance.
Ce que nous avons tous affronté de manière égale au vingtième siècle, c’est la difficile question de l’extension dans le monde entier de l’élucidation et des traitements des pathologies de la civilisation rationnelle européenne.
C’est ici qu’apparaît un masochiste qui parle à la
première personne, Shozo Numa.
La négation du pouvoir n’est rien d’autre que la volonté d’un pouvoir sous d’autres formes, et cela ne permet pas de briser le cercle vicieux de la lutte sans limites entre les hommes. Tout n’est que répétition de massacres et de luttes atroces pour dominer l’autre. En se comportant
comme un faible, le masochiste tente de
renverser la dynamique de ce monde sadique. Mais il ne planifie pas un renversement « apocalyptique ». Il ne condamne pas son adversaire, et ne prévoit pas non plus de représailles. En dévoilant ses propres faiblesses,
il désarme son adversaire. Le masochiste vise un comportement répandu chez l’homme : en se faisant tout petit, il pousse son partenaire à l’orgueil.
Shozo Numa a une grande estime pour la vénération sans limites et le complexe d’infériorité qu’ont inconsciemment les Japonais envers les blancs. Il considère cela comme un facteur indispensable de leur évolution, partant de leur morale d’esclave.
« Nous pouvons atteindre des perspectives inimaginables pour un masochiste blanc. Je suis heureux d’être né japonais. » explique-t-il dans Vénération de l’homme blanc. Qui, à part le masochiste, peut réaliser ce superbe renversement des valeurs, cette félicité du faible, en
faisant de soi-même un objet ? Sans se conformer au système de valeurs de son partenaire, sans résister au positif par le positif, il organise la négociation entre le
positif et le négatif pour ne laisser que le monde négatif. C’est la victoire du négatif.
Au centre de cette réalité cruelle et misérable, n’y a-t-il pas une charité qui voudrait qu’on puisse jouir de ces souffrances, de même qu’on aimerait pouvoir changer le vinaigre en vin ? La recherche même de la jouissance amorale est une sorte de critique muette envers l’éthique, la morale, c’est-à-dire envers la superstructure de la pensée.
La gloire de l’humanité ! La gloire de l’humanité ! C’est justement ça la source de tous les malheurs. C’est là
que le masochiste cherche à découvrir le bonheur, en supprimant son propre esprit, en transformant son corps, en jurant fidélité à l’autre, en devenant volontairement un outil pour l’autre. Le masochisme, c’est la négation de l’esprit, la négation de l’égoïsme, la négation de la personnalité, et c’est sans doute cela qui constitue, pour les Japonais,
un antidote au sadisme de l’orgueilleuse civilisation occidentale.
C’est surtout vrai pour les hommes autoritaires
japonais : avec leur obséquiosité, leur orgueil, leur
arrogance, leur impertinence, c’est comme si leur
masochisme était marqué au fer rouge sur leur front. Lui n’est aliéné à personne. Car nous sommes finalement tous ses frères. Il se comporte en quelque sorte comme la pointe d’un cône inversé, qui désirerait tout engloutir depuis ce point.
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