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cahier critique
Les ouvrages
Égoiste, infime
septembre 2005
Au fait
avril 2005
Index
mai 1999
FICHE AUTEUR

BIBLIOGRAPHIE
 
Cahier critique
PRÉFACE À INDEX

SOMMAIRE

 
L'homme du mois
Jean Perrier

On ne peut pas parler de Peter Sotos sans avertir les curieux tentés d'affronter "Au fait" la fleur au fusil: jamais l'abjection n'a été tutoyée de si près. Le monde de Peter Sotos (dans ses six livres, ici le deuxième traduit en France après Index) se situe dans les bouges glauques, les backrooms cradingues de Chicago et d'ailleurs, les espaces irréels et pourtant vrais où s'échappent le vice. Putes meurtries, pédés humiliés, pères sadiques, on touche le fond dans une multiplication de corps parfois mutilés.

45 ans, une allure d'ogre, une tête de bûcheron, Sotos nous tend sa paluche en s'excusant "Mon français est lamentable, sorry." Tout au long de l'entrevue, il n'au- ra de cesse de demander si tout va bien, de s'excuser après chaque grossièreté lancée. Un vrai gentleman loin de l'image de gros dégueulasse qui lui colle à la peau.

"UN JOUR, TU DOIS PAYER." Sotos n'est pas trash, il tombe dans bien pire, un truc gluant qu'on appelle la réalité. Dans "Au fait", il use de renonciation et du collage de faits divers, de rapports de procès, pour se mettre tour à tour dans la tête des sadiques, des violeurs, des pédophiles et de leurs victimes au cours de longues descriptions insoutenables. Surtout, il expose ses réflexions dans de courts paragraphes sur sa propre attirance par cette violence: "Je ne suis pas dans le passage à l'acte. Mais je ne me considère pas au-dessus de ces mecs paumés. Je suis dans l'expérience et j'essaie d'y trouver du sens. Je veux juste comprendre ce qui se passe dans la tête d'un mec qui se fait pisser dessus et qui aime ça." Une autre bière, svp.

Sotos illustre la dialectique fascination/répulsion de l'horreur propre à son pays, les États-Unis. Et questionne sans arrêt: lui-même, le lecteur, la société, sur la pornographie et où elle se situe. Son but: creuser dans le dur pour trouver une vérité, surtout si elle tend à l'atrocité, et confronter les points de vue. "J'ai toujours été fasciné par ces milieux de dés- espérance humaine et de violence. Je les ai intégrés. Jusqu'au jour où je me suis rendu compte que ce n'était pas un hasard si j'étais là avec eux. J'ai bien dû m'avouer que cela m'excitait. Un jour où l'autre tu dois payer." Et Sotos paie cash.

HÔPITAL PSYCHIATRIQUE. À 23 ans, il publie à Chicago la revue "Pure", qui tourne déjà autour de sa fascination pour la pédophilie et les comportements limites. Quinze flics débarquent chez lui pensant y trouver des corps d'enfants enterrés. Il a la maladresse de leur montrer son matériau de départ: un magazine pédophile. Trois jours de zonzon et trois ans de suivi psychiatrique: " Ils n'ont pas fait la différence entre mes actes et mes mots. Je l'ai payé toute ma vie." Huit ans à bosser dans un abattoir, sans écrire. Puis il s'y remet, "ne sachant faire que ça". Chez Sotos, pas de rédemption à la Selby, la seule échappatoire n'est que la stricte réalité. La langue est crue, sauvage, elle vous chope pour ne plus vous quitter: "Je n'aime pas Dennis Cooper, JT Leroy... Tous ces mecs trichent. Moi je suis dans le vrai, il n'y a pas de vernis."

On parle des Clash, son groupe favori, de son pote le producteur des Pixies, Steve Albini. Puis il nous serre la main, les yeux bien droit dans les nôtres. On repense à une phrase de son livre: "Les pervers dans mon genre ne le comprennent pas. Mais. Pour l'instant. Ils doivent simple- ment dire la vérité". Son vœu d'honnêteté dans un monde de putes.

Technikart, juin 2005