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| Entretien avec Peter Sotos Ton travail est rarement traduit, plutôt difficile à trouver, et Au Fait (ndlr : traduction de Tick, paru en 2000) est seulement ton deuxième liure édité en France. Penses-tu que c'est parce que tes écrits effraient les éditeurs ? Peter Sotos : Je ne peux pas répondre pour les éditeurs. Les traductions, en général semblent toujours assez difficiles à envisager. Il y a tant d'auteurs français qui auraient besoin d'être traduits en anglais comme Pierre Guyotat, Tony Duvert ou Catherine Breillat par exemple. C'est toujours un grand compliment d'être choisi pour une traduction et j'apprécie énormément le fait que des gens soient prêts à se mouiller autant pour moi. Je sais que mon œuvre est difficile, et que mes éditeurs doivent affronter davantage de problèmes que la plupart des éditeurs, et je ne les en remercie que plus. Passionné et courageux, que peut-on espérer de plus de la part d'un éditeur ? Je voudrais préciser que, pour Au Fait, la traductrice a travaillé de manière très étroite avec moi, pour être précise quant à certaines phrases, ce qui fait que cette version est plus proche de mon travail que la première édition qui avait été faite en Angleterre. Le titre français, Au Fait, est même celui que j'avais initialement proposé pour le manuscrit, mais qui avait été refusé. Une fois encore, tu utilises une technique de copier-coller de divers éléments pour composer ton travail. J'essaie d'assumer la responsabilité de mon matériau. Il n'y a ni fabrication à partir d'éléments différents, ni censure. Fictionnaliser ce matériau serait insultant. Mon.travail tourne, autour de cette spécificité. Je tente de ne pas accumuler les détails, mais , plutôt de les soupeser attentivement et de sélectionner les meilleurs. Au Fait, est également construit comme une expérience, un schéma, puisque je juxtapose des extraits tirés de l'actualité, des textes d'aide aux personnes, des questionnaires impersonnels et des expériences vécues, de la manière dont elles se bousculent dans le cerveau du lecteur. Mais c'est l'écriture qui a imposé et créé les connexions définitives plutôt que l'écrivain. Je ne tentais pas consciemment de politiser mon texte, j'essayais de voir s'il pouvait avoir une vie au-delà de la politique bas de gamme et évidente. Il n'y a rien d'expérimental en définitive dans ce livre, mais cela ne signifie pas pour autant que je n'y ai pas mené moi-même quelques expériences. On retrouve également toujours dans ton travail un aspect documentaire. N'y a-t-il vraiment aucune part de réalité fantasmée dans les événements que tu racontes ? N'es-tu jamais tenté de déguiser certaines situations ? Non. Il s'agit toujours des vrais endroits et des vrais noms. Si c'était un fantasme, ce serait un espoir ou une extrapolation d'ivrogne, mais rien d'aussi vulgaire et évident que la réalité déguisée. Tu me demandes une réalité parfaite, mais ce n'est pas facile à trouver... Dans tes écrits, on retrouve toujours une notion d'avilissement des individus à travers les relations sexuelles. Penses-tu que ces deux aspects soient indissociables ? Non, à moins que tu ne parles d'une relation qui ne serait qu'avec le corps d'une autre personne et que cet avilissement soit un choix. Je pense qu'Au Fait explore le fait que cet avilissement sexuel se place également sur un plan de plus en plus glissant au fil du temps. Au fur et à mesure que tu vieillis, il devient tristement beaucoup plus facile de passer outre toutes les petites choses que tu n'aurais pas dû faire, ce que tu n'aurais pas dû foirer. Des choix contre des opinions, contre des machinations et des plans pour un futur de plus en plus étroit. Dans un chapitre de Au Fait, tu écris : « Je suis devenu ce dont je me suis entouré ». As-tu le sentiment que cette plongée dans les perversions sexuelles a fini par t'affecter ? Oui, et c'est principalement la raison pour laquelle Au Fait se distingue de mes autres livres. J'ai réalisé avec celui-ci que les choix que j'avais cru faire n'avaient en fait pas toujours été si libres que ça. J'ai soudain compris très clairement que j'avais fini par m'égarer très facilement dans une direction que j'avais toujours détestée. Quelques phrases plus loin, tu avoues : « Je l'ai regardé se produire ». Aurais-tu pu adopter une autre position que celle du voyeur-narrateur ? Tu regardes toujours, quoi qu'il arrive. Le rôle du voyeur est impossible à tenir parce que tôt ou tard, tu finis par comprendre que pour voir ce que tu as vraiment besoin de voir, tu dois t'impliquer davantage. Et tu te rends compte alors que pour voir mieux et davantage, tu devras toujours t'approcher plus. Mais là, les choses ne sont pas toujours agréables et confortables... Tous tes "personnages" semblent avoir quelque chose à acheter ou à vendre, le plus souvent eux-mêmes. Penses-tu que ce comportement d'offre et de demande définisse l'humanité aujourd'hui ? Oui, tout est commercialisable aujourd'hui, hélas. C'est le besoin qui définit le prix. Les images que tu décris en détail sont tirées de scènes de crime impliquant des enfants. Quel attrait particulier ont-elles pour toi ? Ce n'est pas toujours le cas, en fait, car de tels documents sont incroyablement rares. Mais tu peux me croire, ils valent leur poids en humanité quand tu parviens à les trouver. Ils méritent que tu organises ta vie autour t d'eux. Je décris beaucoup te contexte de ces images, mais ce ne sont en définitive que des mots sur du papier. Putain, j'aimerais que ce soit davantage... À plusieurs occasions, tu semblés te comporter comme un collectionneur de ces images, comme si elles auraient plus de puissance que l'événement réel... L'image est ce que tu gardes, et ce qui change. Je ne sais pas si je me comporte vraiment comme un collectionneur, je ne trimballe pas un appareil photo avec moi en permanence. Mais d'un autre côté, je ne fais pas non plus l'erreur de croire que les photos ne sont pas la réalité. Tu as collaboré pendant plus de vingt ans avec le groupe industriel Whitehouse, puis tu les as quittés, et nous n'ayons jamais eu de réelle explication sur ton départ, William Bennett se contentant de dire lors d'interviews que cela venait de vos "modes de vie différents". Pourrais-tu nous en dire plus ? Je suis d'accord avec William en ce qui concerne les modes de vie divergents, mais je n'aurais jamais suffisamment manqué de tact pour le dire ainsi. Mais puisqu'il l'a fait, je ne peux qu'être d'accord, nous ne nous soucions plus vraiment des choix de vie ou de l'art que fait l'autre en ce moment. Quel rôle a eu Whitehouse dans ton travail, par rapport à l'écriture ? William Bennett a été une influence énorme dans ma vie, tout comme Philip Best et Kevin Tomkins, les autres membres de Whitehouse, Philip en particulier, est pour beaucoup dans ce que j'ai fini par écrire et explorer dans mes écrits, tout spécialement dans Index. Je pense en définitive que j'ai joué un plus grand rôle dans Whitehouse qu'ils n'en ont joué dans mon évolution, mais je ne trouvé cependant pas cela très important. On te considère souvent comme le parrain de ta littérature transgressive, et tu vis aux Etats-Unis, un pays de plus en plus conservateur et étroit d'esprit. Comment y es-tu perçu ? Quelles seront tes prochaines publications ? Comfort and Critique parait ce mois-ci chez Void, et Predicate suivra de peu chez Création. Je dois également faire quelques lectures à Paris, Los Angeles et New York. D-Side, mai-juin 2005
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