Kathy Acker
Dennis Cooper
Samuel Delany
Mike Duff
Michael Gira
Laura Hird
Shozo Numa
Osvaldo Lamborghini
Sylvere Lotringer
René Schérer
Peter Sotos
David Wojnarowicz
 
 
Osvaldo Lamborghini
cahier critique
Titre paru
Le Fjord

Le Fjord
mars 2005

FICHE AUTEUR

BIBLIOGRAPHIE

 
Cahier critique
PRÉFACE À
NOVELAS Y CUENTOS
César Aira

SOMMAIRE

 

 

 
La juste cause
par Andrés Ehrenhaus

Proposer la lecture de Osvaldo Lamborghini (Buenos Aires, 1940, Barcelone, 1985) relève, quitte à le nier, d’une certaine cruauté : pour commencer, son œuvre succincte publiée à titre posthume en Espagne est épuisée [à l’époque de la rédaction de cet article, plus maintenant. N.d.T.] et pratiquement introuvable. Elle se borne à deux livres : Novelas y Cuentos et Tadeys. En Argentine, où il existe traditionnellement un important marché d’occasion pour toutes sortes de livres, circulent ou ont circulé jusqu’à peu certains des textes réunis en partie dans Novelas, comme le légendaire Fjord (1969) ou Sebregondi recule (1973), ainsi qu’une compilation restreinte de sa poésie. Néanmoins, tout particulièrement dans le cas de Lamborghini, il est particulièrement recommandé d’avoir l’objet réel entre ses mains. En effet, cela favorise d’une part la relation fétichiste à ses textes, et stimule les sensations de poids, de volume et de toucher qui sont, comme on le verra, consubstantielles à l’exercice de sa lecture. Il convient d’admettre qu’il n’est pas facile de lire cet auteur de manière purement intellectuelle. Peu de textes contemporains provoquent la tachycardie, ceux de Lamborghini en font partie. Dès les premières lignes, les sentiments qui nous assaillent sont passionnés et puissants, ils nous poussent au bord de l’abîme et nous invitent à nous y jeter. Ce qu’on découvre alors est saisissant. Le maestro argentin n’est pas un puits sans fond, c’est un insatiable oxymore, une succession de plaines abyssales qui se dissimulent et s’étendent sans interruption de la continuité, et dans chacune d’elles, c’est comme s’il s’agissait d’une farce fractale, d’une mise en abîme burlesque : un mythe unique et véniel se répète sous toutes ses formes possibles. Il y a quelque chose dans cette poétique méticuleuse et obsessionnelle qui rappelle le clochard Joe Gould (titan furtif de la récriture compulsive que Joseph Michell révèle) mis à part le fait que Lamborghini se déplace et progresse sans cesser de montrer qu’en Amérique Latine, la seule épopée possible passe par une exploration exhaustive du langage. La causa justa [La juste cause] est peut-être, de tous les récits de Novelas y Cuentos, celui qui se laisse pénétrer le plus docilement. […]
Osvaldo Lamborghini a vécu ses dernières années oscillant entre l’Argentine et l’Espagne, à écrire fébrilement, tenant son journal, jusqu’à ce qu’il meure à Barcelone, où on savait peu de choses de lui. Chose étonnante, parce que autant la littérature de Borges pesait sur les prosateurs argentins comme une chape de plomb, autant la prose scatologique mais versatile de Lamborghini ne cesse de présenter des horizons stimulants et d’ouvrir des voies séduisantes.

El pais