Kathy Acker
Dennis Cooper
Samuel Delany
Mike Duff
Michael Gira
Laura Hird
Shozo Numa
Osvaldo Lamborghini
Sylvere Lotringer
René Schérer
Peter Sotos
David Wojnarowicz
 
 
Osvaldo Lamborghini
cahier critique
Titre paru
Le Fjord

Le Fjord
mars 2005

FICHE AUTEUR

BIBLIOGRAPHIE

 
Cahier critique
PRÉFACE À
NOVELAS Y CUENTOS
César Aira

SOMMAIRE

 

 

 
Zones de turbulence
par Gustavo Pablos

Jusqu’à la fin des années 80, on connaissait Osvaldo Lamborghini par deux livres Le Fjord (1969) et Sebregondi recule (1973), et un recueil, Los Poemas. Tous ces textes étaient de circulation restreinte et seules quelques personnes y avaient accès, sous le manteau.

En 1988, trois ans après sa mort, son ami César Aira a publié l’anthologie Novelas y Cuentos accompagnée d’un essai, édité en Espagne par les éditions Del Serbal. L’édition actuelle en deux tomes de Novelas y Cuentos, réalisée Sudamericana, à laquelle s’ajoutera très vite deux autres livres, Tadeys et Poemas (1968-1975) remplit son objectif, qui est de faire connaître la totalité de l’œuvre d’un des auteurs les plus intenses et polémiques de la littérature Argentine. Le premier tome réunit tous les récits de Lamborghini depuis Le Fjord jusqu’à ceux qui furent écrits en 1983, mais qu’il ne parvint pas à faire éditer avant sa mort, à l’exception de quelques publications dans des revues. Le second tome ajoute aux récits du premier tome ceux qui furent écrits depuis 1980, mais dont on ignore l’intention de l’auteur quant à leur publication : Existir, Ser, Estar Vivo, et ceux figurant dans le supplément Fragmento. Il s’agit de textes brefs et dispersés, d’annotations dans des carnets et des papiers épars. Admiré par les uns, rejeté par les autres, Lamborghini (comme Puig et Copi) fut l’un des premiers à trouver une réponse à cette question : comment écrire après Borges ? Le parfait maniement des différents niveaux de langue, la combinaison des différents registres ; oral et écrit, soutenu et relâché, savant et populaire, permet à Lamborghini de créer un style qui condense une forme singulière où les relations entre violence, politique et sexualité s’entremêlent.
Dans ses textes s’exprime la tension entre littérature et politique  propre à l’époque à laquelle ils furent écrits : comment produire une littérature politique qui ne soit pas perméable aux variations les plus immédiates de la critique sociale ? À travers ces récits, Lamborghini trouve un nouveau lieu où dialoguer et interpeller la tradition. Peut-être pour ces raisons, pour cette zone de turbulence où se situe son œuvre, les positions tranchées ne manqueront pas : depuis une révérence qui a trouvé dans le mot génie l’ultime argument, jusqu’au discrédit que l’on trouve dans la phrase «c’était un écrivain inventé par ses amis », (à quoi l’on l’objectera aussitôt :  quel écrivain n’a pas été, d’une manière ou d’une autre, inventé par ses amis.) [...].

La voz del interior
2 octobre 2003