Kathy Acker
Dennis Cooper
Samuel Delany
Mike Duff
Michael Gira
Laura Hird
Shozo Numa
Osvaldo Lamborghini
Sylvere Lotringer
René Schérer
Peter Sotos
David Wojnarowicz
 
David Wojnarowicz
 
David Wojnarowicz
cahier critique
Titre paru
Chroniques des quais
Chroniques des quais
Août 2005
Au bord du gouffre
Au bord du gouffre
Février 2004

FICHE AUTEUR

BIBLIOGRAPHIE

EXPOSITIONS

Galerie Wojnarowicz
Wojnarowicz galerie
 
Cahier critique
DAVID WOJNAROWICZ
Félix Guattari

SOMMAIRE

 

 

 
David Wojnarowicz, 37 ans,
artiste à multiples facettes

par Michael Kimmelman

David Wojnarowicz, un des artistes les plus singuliers des années 80, qui fut au centre du récent débat concernant la NEA [National Endowment for the Arts, Institution culturelle d’aide à la création N.d.T.] en raison de son travail passionné et polémique sur le sida, est décédé mercredi soir chez lui, à Manhattan. Il était âgé de trente-sept ans.

Il est mort du sida, a déclaré son compagnon, Tom Rauffenbart.

M. Wojnarowicz (prononcer voy-na-RO-vitch) utilisait différents médias, les mêlant le plus souvent, pour produire des œuvres qui se distinguaient par la rage et servaient à exprimer ses désirs intimes. Ses peintures, photographies, installations, performances et textes étaient dirigés contre l’ordre établi de même qu’ils déploraient la mort. Il ne s’intéressait pas seulement au sida mais à bien d’autres sujets, généraux ou personnels. Son œuvre pouvait sembler simpliste ou prosélytique. Mais elle pouvait aussi être dérangeante, ironique et émouvante.

Comme l’homme, son art était radical. M. Wojnarowicz fut projeté sous le feu des médias en 1989, lorsque la NEA décida de supprimer la subvention obtenue pour le catalogue d’une exposition sur le sida [organisée par Nan Goldin N.d.T.] à cause d’un texte dans lequel Wojnarowicz attaquait plusieurs personnages publics. L’institution s’était déjugée. Elle avait en effet subventionné une rétrospective portant sur dix ans de travail de l’artiste qui avait été organisée à la Galerie universitaire de l’Université de l’Illinois, à Normal, et qui comprenait un catalogue contenant le texte en question.

Le nom de Wojnarowicz revint sur le devant de la scène lorsque la American Family Association de Tupelo, un groupe de pression anti-pornographie, et son leader, le révérend Donald E. Widmon, mirent en circulation un pamphlet critiquant l’institution. Le pamphlet était accompagné de photos extraites du travail de M. Wojnarowicz qui comportaient des représentations sexuelles. L’artiste poursuivit l’association pour diffamation et calomnie. En 1990, la Cour Fédérale de New York trancha en sa faveur et condamna l’association à imprimer et distribuer un correctif. M. Wojnarowicz est le seul artiste à avoir poursuivi M. Wildmon en justice.

La scène du East Village

Enfant maltraité, adolescent prostitué, M. Wojnarowicz s’inspira beaucoup, dans son art et ses écrits, de sa vie dans les marges de la société. Il naquit à Red Bank, New Jersey, s’enfuit de chez lui, vécut dans la rue, et réussit à décrocher un diplôme à la High School of Music and Art de Manhattan. Parmi les nombreux artistes de sa génération qui évoluaient dans le milieu artistique de l’East Village du début des années 80 et produisait le meilleur comme le pire, M. Wojnarowicz fut d’abord connu pour les maisons et les silhouettes en feu peintes au pochoir sur les murs des bâtiments. Il illustrait parfaitement la démarche des artistes de l’East Village qui se sentaient libres d’expérimenter toutes sortes de supports, mêlant art noble et art populaire.

Dans ses écrits, qui allaient du cri à l’élégie, il narrait les aventures de ceux qui vivent dans les marges de la société et de la sexualité. En 1990, Au bord du gouffre [Close to the Knives] fut publié chez Random House. Un autre livre, Memories That Smell Like Gasoline, sera bientôt publié par Artspace Books à San Francisco.

Pour ses peintures et ses photographies, auxquelles il lui arrivait d’incorporer du texte, il puisait dans la culture populaire et créait des images d’un surréalisme sombre. Une de ses images photographiques, des bisons tombant d’une falaise, a servi de couverture pour un album du groupe U2. La mort d’un de ses amis ayant succombé au sida, le photographe Peter Hujar, en 1987, et la découverte de sa propre maladie en 1988, poussèrent M. Wojnarowicz à témoigner dans son oeuvre de l’épidémie et de ses répercussions, sur le plan psychologique et social.
[...]

New York Times,
24 Juillet 1992.
Traduit par Norbert Naigeon

.